La littérature grecque compose l'une des traditions les plus longues du monde, avec une production ininterrompue depuis l'épopée homérique jusqu'aux romans publiés cette année à Athènes. Le vingtième siècle a donné au pays deux prix Nobel de littérature et une poésie d'une intensité rare. Ce panorama suit les grandes étapes de cette histoire.
L'Antiquité grecque a inventé l'épopée avec Homère, la tragédie avec Eschyle, Sophocle et Euripide, la comédie avec Aristophane, ainsi que l'histoire et la philosophie comme genres écrits. Ces textes ont fondé une part des formes littéraires européennes et continuent d'alimenter la scène des théâtres antiques restaurés pendant l'été.
Le millénaire byzantin produit une immense littérature religieuse, faite d'hymnes liturgiques, de vies de saints et de chroniques. La poésie profane apparaît plus tard, notamment avec l'épopée de Digénis Akritas, héros des marches orientales de l'empire. Cette période transmet également les manuscrits antiques que la Renaissance redécouvrira.
La création de l'État grec s'accompagne d'un vif renouveau poétique. Dionysios Solomos, né à Zante, écrit l'hymne dont les premières strophes deviennent l'hymne national, et fixe le prestige de la langue populaire. Kostís Palamás domine ensuite la vie littéraire d'Athènes et défend le démotique contre la langue savante.
Constantin Cavafy, Grec d'Alexandrie mort en 1933, occupe une place à part avec une œuvre brève, ironique et souvent nourrie d'histoire ancienne. Ses poèmes, longtemps diffusés en feuilles séparées, ont trouvé un public international après sa mort et influencent encore de nombreux auteurs européens.
Giorgos Séféris obtient le prix Nobel de littérature en 1963 pour une poésie qui mêle la mémoire antique et l'expérience de l'exil. Odysséas Elytis le reçoit à son tour en 1979, pour une œuvre lumineuse ancrée dans la mer Égée, dont l'ample poème Axion Esti forme le sommet. Ces deux distinctions consacrent la génération littéraire des années trente.
Níkos Kazantzákis, romancier crétois, reste l'auteur grec le plus lu à l'étranger grâce à Alexis Zorba et à La Dernière Tentation du Christ. Yánnis Rítsos développe de son côté une œuvre poétique très abondante, marquée par ses années de déportation et par un engagement politique constant.
La littérature grecque actuelle explore la mémoire de la guerre civile, l'expérience de la crise économique et les questions migratoires. Le roman policier et le récit urbain occupent une place croissante, tandis que les éditeurs indépendants d'Athènes et de Thessalonique soutiennent une poésie jeune et inventive.